TRANSMETTRE / LE GESTE / MONTPELLIER · 411

MÉDIATION

Né à Rennes et installé à Montpellier depuis plus de vingt ans, je développe, sous le nom de Fonk, une pratique entre street art et typographie. Graphiste de métier, je viens à la peinture par ma rencontre avec le 411, tiers-lieu montpelliérain dédié à l’art. C’est là que mon geste quitte le cadre de l’écran pour gagner la matière.

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Mon travail explore le mouvement, l’énergie et le jeu des formes et des couleurs. J’aime saisir l’instant, laisser la matière s’exprimer et observer comment les contrastes et les superpositions donnent vie à une composition. La lettre y reste une présence souterraine : héritée de la typographie et du graffiti, elle se dissout, se fragmente, devient signe et rythme plutôt que mot. À mesure qu’elle se défait ainsi, la lettre cesse d’appartenir à une langue. Mes toiles tiennent dans cette tension entre l’équilibre et la spontanéité : des formes géométriques côtoient des éclaboussures, des traits précis se mêlent à l’accident.

Guidé par l’instinct, je travaille avec différents médiums (peinture, encre, pastel, spray...) que je superpose et confronte. Chaque couche dialogue avec la précédente : je provoque l’accident autant que je le maîtrise, et c’est dans cet échange entre contrôle et lâcher-prise que naît l’énergie singulière de mes œuvres.

Issu du geste mural et de l’espace public, mon travail garde de ses origines le goût de la rencontre directe, frontale. Transposé sur le mur, ce geste n’a rien perdu de son énergie : chaque tableau reste une surface vivante, une adresse au regard. Pour moi, peindre c’est provoquer un face-à-face ; une rencontre avec la couleur, la forme et le mouvement, qui se passe de mots et traverse les langues.

Au-delà du geste pictural, j’inscris volontiers mes fresques dans une démarche de médiation. Avec les habitants, les élèves ou les usagers d’un lieu, j’organise des temps de rencontre et de collecte : mots, souvenirs, impressions liés au quartier ou à l’établissement. Ces contributions ne sont pas reproduites littéralement, mais absorbées dans mon système de signes, où elles deviennent formes, couleurs et compositions. Chacun peut alors retrouver une trace de sa parole dans l’œuvre finale, sans qu’elle se donne à lire comme un texte. La fresque cesse d’être un objet imposé pour devenir une création partagée, à laquelle le lieu et ceux qui l’habitent ont réellement pris part.